Les courbes de deux dunes se croisent sous une lumière rasante, dans un dégradé d’ombre et d’ocre.

Sahara

Sud marocain

Des ergs, des oueds et des addax : un désert qui n’est pas vide.

Le désert

On m’avait dit que je n’y verrais rien. C’est la phrase qui revient dès qu’on prononce le mot désert : rien, du sable, du vide. J’y suis allé pour vérifier, et j’ai passé cinq jours à corriger cette idée.

Le sable ne couvre qu’une part du Sahara. Le reste est du reg semé de cailloux noirs, de la hamada en plateaux de pierre, et des lits d’oueds qui ne coulent que quelques jours par an. C’est là, le long de l’eau qui reste, que tout se tient : les arbres, les oiseaux, les traces au petit matin.

Le désert ne se traverse pas, il s’attend. On avance peu, on s’assoit beaucoup, et on apprend à regarder une pente pendant vingt minutes avant de comprendre que ce caillou clair est une antilope. C’est un territoire où la patience n’est pas une vertu : c’est la seule méthode.

Ce texte est une trame de travail : le récit de Rémi reste à écrire, et remplacera celui-ci mot pour mot.

Quatre déserts dans un

On dit « le désert » comme s’il n’y en avait qu’un. Il y en a quatre ici, et ils ne portent pas la même vie.

L’erg, d’abord : les dunes vives, celles des photographies. Rien n’y pousse, tout y passe — le vent redessine les crêtes chaque nuit, et les traces du matin ont disparu à midi. C’est le plus beau et le plus pauvre.

La hamada ensuite, des plateaux de pierre coiffés de dalles sombres, coupés de falaises qui tombent d’un coup sur un lit d’oued. C’est là qu’on trouve de l’ombre, et l’ombre est ce qui compte.

Le reg, ce sol ras semé de cailloux où l’on croit qu’il n’y a rien : c’est le terrain des gangas et des lézards, et il faut se baisser pour le voir. Et enfin les oueds, bordés de tamaris, où l’eau de la dernière crue s’attarde entre des berges d’argile ravinées. Une heure de marche entre les quatre, et quatre pays différents.

Une mer de dunes s’étend jusqu’à l’horizon, effacée peu à peu par la brume de chaleur.
Une falaise d’argile couronnée d’arbres verts domine le lit caillouteux d’un oued où coule encore un peu d’eau.

Au fil des saisons

Printemps

L’eau qui reste

Après les pluies d’hiver, les oueds gardent l’eau quelques semaines et le reg se couvre d’un vert qui ne dure pas. C’est la saison où les troupeaux descendent, et celle où la vie se voit le plus facilement — parce qu’elle n’a plus besoin de se cacher pour boire.

Un mince filet d’eau s’étale dans le lit d’un oued, entre des berges d’argile ravinées bordées d’arbustes.
Été

La saison qu’on ne fait pas

De juin à septembre, la chaleur ferme le désert. Les oueds sont à sec, l’air tremble à partir de neuf heures du matin, et il n’y a plus de fenêtre d’observation entre l’aube et le crépuscule. Je n’y emmène personne à cette période, et ce n’est pas une question de confort.

Une falaise de hamada coiffée de pierres sombres domine le lit à sec d’un oued, où subsiste un acacia.
Automne

Début octobre

Cinq jours, du 30 septembre au 4 octobre. Le soleil tombe tôt et rase longtemps ; au fond de certains oueds, l’eau de la dernière crue n’est pas encore partie.

C’est la saison des photographies de cette page, et celle que je connais. Les journées restent chaudes mais les matins sont travaillables, et la lumière de fin de journée dure assez longtemps pour qu’on ait le temps de s’installer.

Le soleil se couche dans un ciel orangé au-dessus des crêtes sombres d’un champ de dunes.
Hiver

Le froid qu’on n’attend pas

Les nuits descendent près de zéro, et personne ne s’y prépare. Le vent strie les dunes et découvre les arbustes morts que le sable avait recouverts. C’est la saison la plus dure à dormir et la plus claire à regarder : l’air est net, l’horizon tient jusqu’au bout.

Les rides du vent strient le flanc d’une dune ; quelques arbustes morts y tiennent encore.

La faune

Cinq espèces, et cinq degrés de certitude différents. Deux ne vivent plus librement au Maroc, deux ne se laissent identifier que jusqu’au genre, et la dernière était trop loin. Je préfère l’écrire que de faire semblant.

  • AddaxAddax nasomaculatus
    Un addax à la robe blanche broute une touffe d’herbe sur le sable, ses longues cornes annelées et vrillées dressées vers l’arrière.

    Addax

    L’antilope blanche du Sahara, celle qui peut passer sa vie sans boire. On la reconnaît à ses cornes vrillées en spirale sur deux tours et demi, au masque blanc en X sur la face, et à la touffe brune qu’elle porte sur le front — « l’antilope au nez tacheté »…

  • Autruche à cou rougeStruthio camelus camelus
    Une autruche mâle, au plumage noir et au cou rose, se tient entre des buissons épineux du désert.

    Autruche à cou rouge

    Un mâle, plumage noir et cou rose, entre des buissons épineux. La sous-espèce nord-africaine, la plus grande des autruches et la plus rare. Comme l’addax, elle a disparu de la nature au Maroc : l’observer suppose une réserve de réintroduction. C’est une vraie…

  • GangaPterocles sp.
    Un ganga à la gorge orangée et à la queue effilée marche sur un reg semé de cailloux sombres.

    Ganga

    Gorge orangée, queue effilée, démarche basse sur le reg où son plumage le rend presque invisible. Les gangas font des dizaines de kilomètres chaque matin pour aller boire, et les mâles rapportent l’eau à leurs poussins dans les plumes de leur ventre. Le genre…

  • TraquetOenanthe sp.
    Un petit oiseau noir et blanc, perché au sommet d’un rocher, penche la tête vers le sol.

    Traquet

    Le petit oiseau noir et blanc qui se perche sur le plus haut caillou des environs, et qui vous accompagne de rocher en rocher. C’est souvent le seul mouvement du paysage pendant des heures. La silhouette et le contraste sont ceux d’un traquet. Sur cette…

  • Lézard
    Un petit lézard beige, presque confondu avec le sable, s’immobilise entre des branches mortes.

    Lézard

    Beige sur beige, immobile entre des branches mortes. Les lézards sont partout sur le reg et on n’en voit aucun tant qu’on marche : ils bougent quand on s’arrête. Celui-ci était trop loin pour être identifié, et je n’ai pas voulu lui donner un nom que la…

La flore

Deux arbres, et ils expliquent presque toute la carte : là où ils poussent, il y a eu de l’eau, et là où il y a eu de l’eau, il y a des animaux.

  • Acacia du désertVachellia tortilistoute l’année
    Un acacia solitaire au port en parasol se détache sur un ciel blanc de chaleur, au milieu d’un reg caillouteux.

    Acacia du désert

    Le parasol du désert, souvent seul au milieu du reg, parfois aligné avec d’autres au fond d’un talweg — et cet alignement dit exactement où l’eau passe sous le sol. C’est le seul point d’ombre à des kilomètres, donc le meilleur poste d’observation de la…

  • TamarisTamarix sp.toute l’année, floraison au printemps
    Une falaise d’argile couronnée d’arbres verts domine le lit caillouteux d’un oued où coule encore un peu d’eau.

    Tamaris

    Le vert vif qui court le long des oueds et qu’on repère de très loin. Le tamaris supporte le sel et les crues, et il retient la berge d’argile quand tout le reste part au premier orage. Suivre une ligne de tamaris, c’est suivre l’eau. C’est de cette façon que…

Le reste du voyage

Les courbes de deux dunes se croisent sous une lumière rasante, dans un dégradé d’ombre et d’ocre.
Quatre addax s’éloignent de dos sur le sable clair, silhouettes pâles dans une brume de sable qui efface l’horizon.
Un acacia au premier plan, d’autres alignés au loin, ponctuent une steppe désertique adossée à une grande dune.
Une mer de dunes s’étend jusqu’à l’horizon, effacée peu à peu par la brume de chaleur.
Les rides du vent strient le flanc d’une dune ; quelques arbustes morts y tiennent encore.
Un mince filet d’eau s’étale dans le lit d’un oued, entre des berges d’argile ravinées bordées d’arbustes.
Une falaise de hamada coiffée de pierres sombres domine le lit à sec d’un oued, où subsiste un acacia.
Une falaise d’argile couronnée d’arbres verts domine le lit caillouteux d’un oued où coule encore un peu d’eau.

Glissez pour parcourir

Le désert ne donne rien à qui traverse. Il faut s’asseoir, et attendre le soir.
Rémi, au bord d’un oued

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